Le Monde - 07/12/11

MorinInterview d'Hervé Morin dans Le Monde


François Bayrou, avec qui vous avez fait campagne en 2007, avant de rompre, doit déclarer officiellement sa candidature mercredi 7 décembre. En quoi pensez-vous porter quelque chose de différent de lui ?

Je suis clair : je propose un système d'alliances reposant sur un accord de gouvernement, en m'inscrivant dans la majorité. François Bayrou, lui, est dans une partie de poker qui amène ses électeurs à ne pas savoir quelle alliance il conclura après le premier tour. La démocratie a besoin de transparence.

Votre soutien à Nicolas Sarkozy pour le second tour est donc inconditionnel ?

Non, il est sous conditions. Il faudra qu'un certain nombre de nos propositions soient reprises.

Lesquelles ?

Il faut, par exemple, faire en sorte de moins taxer la production et de plus taxer la consommation, en mettant en œuvre la TVA emploi, ce qui permettra également de baisser les charges sociales des entreprises. Il faut restaurer leur compétitivité par une politique économique et fiscale qui favorise le financement en fonds propres, l'investissement et le travail avec le passage aux 37 heures hebdomadaires. Il faut fixer des règles précises sur les conflits d'intérêts et introduire l'inéligibilité à vie des élus ayant été condamnés pour un délit politico-financier. Nous demandons aussi l'autonomie des établissements scolaires et la modification des rythmes scolaires.

Sont-ce des conditions sine qua non ?

Ce sont des conditions, même si l'on peut toujours discuter. Il faudra aussi que nous ayons un groupe parlementaire suffisamment fort pour que nos propositions ne restent pas lettre morte après l'élection.

Sur le fond, qu'est-ce qui vous sépare de François Bayrou ?


Ses propositions économiques sont indigentes, si ce n'est dérisoires. Son slogan "acheter français", c'est celui du Parti communiste en 1946. Il faut restaurer la performance de nos entreprises pour restaurer leur compétitivité. François Bayrou a été ministre de l'éducation, il fait de cette question une priorité, comme moi, mais j'attends toujours ses propositions de transformation systémique.

Vous êtes issu d'une famille politique sensible à la construction européenne. Vous reconnaissez-vous dans la politique menée par Nicolas Sarkozy ?

Depuis 2008, on court chaque semaine après l'actualité. On a eu l'Europe des pères fondateurs, on a besoin de l'Europe des fils fondateurs. Il nous faut des institutions plus efficaces, reposant sur un nouveau traité, pour arriver à ce que j'appelle l'Europe fédérale. José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, et Herman von Rompuy, le président du Conseil européen, sont des fantômes. On est arrivé à un système où ce sont deux Etats, l'Allemagne et la France, qui décident des solutions pour l'Europe. Ça ne marche pas. Il faut fusionner les deux présidences du Conseil européen et de la Commission pour créer un vrai président de l'Europe, améliorer la démocratie, avec un Parlement européen élu par le peuple européen sur la base de listes communes à toute l'Europe pour dégager une vraie majorité politique.

Comment espérez-vous percer, alors que vous n'êtes crédité que de 1 % dans les sondages ?

Il y aura une campagne, où chaque candidat aura son temps de parole. Arnaud Montebourg, qui partait de très bas au début des primaires socialistes, a su profiter du débat pour convaincre.

Votre candidature est contestée dans votre propre parti…

J'ai dix-sept parlementaires qui me soutiennent. François Bayrou a trois députés et à peine plus de sénateurs. Mes parlementaires sont trois fois plus nombreux que les siens.

Quelque chose peut-il vous faire renoncer ?

Non.

Propos recueillis par Pierre Jaxel-Truer

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